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[BG] Isil - Chapitre XV - La Route de Tarente

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Isil
Loup du Vanaheim
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MessageSujet: [BG] Isil - Chapitre XV - La Route de Tarente   Sam 31 Mai - 13:05



CHAPITRE XV


- La Route de Tarente -



Ils marchèrent en silence, lui devant, elle à trois mètres derrière, la tête baissée, donnant ça et là quelques coups de pieds dans des pierres qu’elle envoyait rouler au loin. Sa colère était retombée mais elle ne voulait pas l’avouer malgré un sourire furtif qui se dessinait de temps en temps sur ses lèvres. Le magicien restait silencieux, l’air préoccupé, les sourcils froncés, le visage sombre. Le moment qu’il redoutait était arrivé et son cœur était blessé de l’avenir qu’il entrevoyait déjà.

Arrivé dans la maison, il lança sa cape sur un fauteuil.
« Assieds-toi, ordonna-t-il l’air bougon. »

Isil obtempéra, sentant que ce n’était pas le moment de le contrarier.
« Je vais te parler de Ragnard, puisque c’est ça que tu veux… et sans que tu ais besoin de te prostituer pour cela ! »

Le ton était cassant, incisif et dénotait une légère blessure. La jeune fille gardait la tête baissée sur sa chaise.
« Tu connais Ragnard et tu ne m’as rien dit quand je t’ai raconté ce qu’il avait fait à mon peuple ? »

Hiivsha écarta les bras puis les laissa retomber bruyamment et s’assit en face de sa protégée.
« Je ne voulais pas t’en parler… je ne souhaitais pas qu’on t’en parle… il y a des blessures qui ont besoin de cicatriser et j’avais espéré parvenir à guérir les tiennes.
- Je ne pourrai jamais guérir…
- C’est faux, on peut guérir de tout… simplement il faut le vouloir et dans ton cas, il te faut beaucoup d’amour.
- Je t’ai dis qu’il ne fallait pas m’aimer.
- Et tu sais ce que je t’ai répondu… écoute, je suis plus vieux que toi mais pas suffisamment pour être ton père… ou alors si je t’avais eu très jeune… mais peu importe ! Dès que je t’ai aperçue, j’ai souhaité que tu restes ici avec moi…
- Parce que je suis jolie ? ironisa-t-elle… Tu me vois comme un objet décoratif ou comme une jolie fille à coucher dans ton lit… comme tous les autres ?
- Ne sois pas blessante inutilement… T’ai-je jamais touchée autrement qu’avec une grande affection ? T’ai-je jamais demandé de partager ma couche, de faire l’amour avec moi ? Parce que tu es jolie dis-tu ? Certes, oui, tu es la femme la plus adorable, la plus belle que je n’ai jamais rencontré… même mon épouse l’était moins que toi, ce qui ne m’a pas empêché de l’aimer profondément et sans faille ! »

Il se leva et fit quelques pas dans la pièce.
« L’amour ne se commande pas. Il prend ! Il arrive d’on ne sait où, du plus profond de ce que l’homme a de meilleur en lui… l’amour c’est comme la magie… on peut le chercher mais c’est lui qui vous trouve. Je ne sais absolument pas ce qu’il en aurait été si tu avais été différente… c’est un vain débat… le présent est là et je souhaiterais tant que tu deviennes ma femme ! »

Il s’arrêta le dos tourné à la jeune fille dont il sentit le poids du regard.
« Ta femme ? répéta-t-elle dans un murmure… c’est la plus jolie chose qu’on m’ait dite depuis longtemps… »

Elle se leva et courut à lui le forçant à se retourner et lui prenant les mains.
« Mon dieu, dit-elle, tu m’aimes je le sens…
- Et toi, m’aimes-tu ?
- Je ne sais pas… je te suis reconnaissante de m’avoir accueillie comme ta fille et j’aime toutes les qualités que tu portes en toi… j’aime ce que tu es… je te sens fort, tu me rassures lorsque tu es là… j’aime ton humour, tu parviens si facilement à me faire rire… je suppose que c’est bien assez pour devenir ta femme… »

Elle s’arrêta et baissa les yeux.
« Mais… continua-t-il.
- Mais c’est trop tard maintenant… hier encore, j’aurais peut-être dit oui…
- Et aujourd’hui que tu as repris espoir de retrouver ce vanir, tu ne souhaites plus qu’une chose : savoir où le retrouver pour te venger ! C’est cela Isil ? Tu vas laisser tes sentiments obscurs t’emporter dans ce gouffre sombre, vide d’amour et d’espoir ? »

Elle lui lâcha les mains et se retourna.
« Tu comprends pourquoi je ne t’ai jamais parlé de Ragnard ? »

Elle fit oui de la tête. Il souffla de désespoir et se laissa tomber dans un fauteuil.
« Il n’y a pas que Adamar qui a combattu aux côté de Conan… Il y a de cela pas mal d’années, j’ai guerroyé avec lui contre les pictes et les stygiens. Puis contre les incursions du Vanaheim à l’époque où cette armée, ces Loups, emmenés par une femme très belle appelée Siobhan, les a aussi affrontés les repoussant jusque dans leur propre pays où elle commis l’erreur de les suivre… les Loups du Vanaheim…
- Que devinrent-ils ?
- Ils moururent… quelques-uns en réchappèrent mais d’après l’histoire… ou la légende, c’est selon… ils furent trahis par leurs alliés et exterminés… il doit y avoir cinq ou six ans… s’il en reste encore, ils doivent se terrer quelque part ou croupir dans quelques cachots humides de Némédie ou d’ailleurs…
- Et la Légion Noire ?
- La Légion du Dragon Noir pour être précis… c’était une puissante armée vanirs, commandée par un chef redoutable du nom de Ragnard. Nous l’avions repoussé à l’époque des Loups, sous les ordres de Conan, jusqu’au nord de la Cimmérie… Mais il y a deux ans, il est redescendu vers le sud, atteignant le nord de l’Aquilonie… je suppose que c’est lors de cette expédition qu’il a massacré les tiens, guidé par ce Malak dont tu m’as parlé… »

Il marqua une pose en observant la jeune fille silencieuse.
« Conan a appelé à la résistance et j’ai repris les armes. Nous avons vaincu l’armée de Ragnard au prix de beaucoup de pertes. C’est alors que la politique s’en est mêlée. Ragnard était blessé mais pas assez pour ne pas rester dangereux. Il a alors proposé à Conan son aide pour lutter contre les Pictes qui avaient passé leur frontière en échange de quoi, le roi s’engageait à prendre les Vanirs comme mercenaires et à leur accorder le pardon pour leurs crimes passés.
- C’est ignoble, Conan n’a pas pu accepter ? se révolta Isil.
- La réalité est toute autre, jeune fille… Conan avait besoin d’hommes pour se battre et repousser les Pictes, cette aide était donc la bienvenue. Les victimes passées des Vanirs, ton peuple y compris, furent sacrifiés sur l’autel du réalisme politique et militaire… avec succès d’ailleurs, car les Pictes furent écrasés peu de temps après.
- Et Ragnard, qu’est-il devenu ?
- Il se tient aux ordres du roi et quand il ne remplit pas son métier de mercenaire, il vit à Tarentia avec quelques-uns de ses hommes. Aucune chance de l’approcher… c’est un homme dangereux Isil, il te tuera à la moindre occasion, crois-moi. Laisse les morts reposer en paix et laisse-moi te guérir d’amour. »

La jeune fille secoua la tête et regarda au loin par la fenêtre.
« Je dois me libérer de ce fardeau qui m’oppresse.
- Crois-tu que la mort de Ragnard te libèrera ? Non, elle te détruira. Quand tu auras accompli ta vengeance, si tu y parviens, ta vie se videra comme une poche de sel trouée.
- Je n’y puis rien… je dois le faire. »

Le magicien tenta un dernier argument.
« Tu n’as pas fini ta formation à l’épée ! Au moins attends d’en être arrivée au bout ! »

Elle se retourna et se jeta à genoux aux pieds du magicien.
« Laisse-moi partir Hiivsha, je t’en supplie… Si tu m’aimes, laisse-moi partir.
- Tu n’es pas prisonnière Isil…
- Je reviendrai quand ce sera fini… je te le promets… »

Il lui caressa tendrement la tête et les joues.
« Je l’espère… de tout mon cœur… mais je crains fort que la route que tu a décidé d’emprunter te conduise inévitablement et définitivement loin de cette maison… Toutefois, si dans un an tu n’es pas revenue, je te jure que c’est moi qui irai te chercher, où que tu sois. »

Elle blottit son visage au creux de ses mains en murmurant.
« Je sais que tu me retrouveras si je me perds… »

Le magicien se leva doucement. Il paraissait avoir vieilli.
« Il faut te reposer. Au matin, je sellerai Ombre, c’est une fière jument très docile. Elle t’emmènera jusqu’à Rosso sur le fleuve qui descend à Messantia en Argos et qui passe à Tarentia. Là, tu la laisseras à Moloch, l’aubergiste… c’est un vieil ami, il en prendra soin et me la fera remonter dès que l’occasion se présentera. Il y a souvent des bateaux qui descendent le fleuve. Tu en prendras un, ce sera plus sûr et plus rapide pour atteindre Tarentia… là-bas, tu n’auras aucun mal à te trouver une autre monture avec l’or que je vais te donner. Tu es vraiment sûre de vouloir partir ? »

Il connaissait déjà la réponse. Isil le regarda avec affection.
« Oui, je suis sûre… »

Puis elle ajouta.
« Veux-tu de moi dans ton lit cette nuit ? »

Le magicien secoua la tête.
« Je ne puis t’aimer maintenant pour te voir partir demain… ce serait bien trop dur, même pour quelqu’un comme moi… Non, je dirais oui si tu devais rester… mais là… comme ça… non, pardonne-moi. »

Comme il montait vers sa chambre, la jeune fille murmura les larmes aux yeux.
« Non, toi, pardonne-moi ! »

………………………………………………

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MessageSujet: Re: [BG] Isil - Chapitre XV - La Route de Tarente   Sam 31 Mai - 13:06

Isil mit quatre jours à rallier Rosso, petit port sur le fleuve, vivant du commerce de bois et de minerais, qui ravitaillait la capitale. La route fut calme et paisible et la jeune fille découvrait un peu plus chaque jour l’Aquilonie, ses plaines et ses montagnes, ses forêts et ses champs. Elle passa les deux premières nuits à la belle étoile dans une clairière ou au bord d’un ruisseau, mais ne dormit que d’un œil. Très fatiguée, le troisième soir, alors que l’orage s’abattait sur la contrée, elle eut la chance de tomber sur une auberge isolée au bord de la route, relais des voyageurs de commerces et autres gens de passage.

Il y avait beaucoup de monde dans la grande salle mais il y faisait bon et l’odeur provenant de la cuisine était alléchante. Son entrée ne passa pas inaperçue dans la pièce essentiellement occupée par des hommes, mais les conversations reprirent rapidement après un temps de silence et quelques sifflets plus ou moins discrets.

Un grand et gros bonhomme d’aubergiste chauve, arborant un tablier maculé de tâches de graisse, s’empressa de venir l’accueillir en multipliant les courbettes. Elle lui tendit sa cape de voyage ruisselante de pluie qu’il accrocha à une patère et prit place à une petite table dans un coin reculé de la salle commune, faiblement éclairée par la flamme chancelante d’une bougie à moitié consumée. Quelques regards furtifs se posèrent sur elle tandis que le colosse susurrait.
« Soyez la bienvenue dans ma modeste auberge jeune fille… Qu’est-ce qui vous amène sur nos chemins par un temps aussi épouvantable ?
- Je viens d’Orandia et je me rends à Tarentia, répondit-elle simplement. Ma jument est dehors…
- Je vais donner des ordres pour qu’on l’emmène à l’écurie et qu’on prenne bien soin d’elle… »

Il claqua dans ses énormes mains et un jeune garçon sortit des cuisines promptement. Il dévisagea Isil bouche bée jusqu’au moment où le tavernier lui asséna une claque sur la nuque.
« Cesse de regarder mademoiselle bêtement et va t’occuper de son cheval ! »

Le garçon sortit en se frottant la nuque.
« Il faut l’excuser, il n’a pas souvent l’habitude de voir une aussi jolie personne dans cette auberge… je m’en vais vous quérir boire et manger… »

Elle le retint par le bras.
« Je voudrais une chambre pour la nuit !
- Ah, c’est que… hésita le bonhomme en se grattant la tête, avec l’orage, elles sont toutes prises… il reste des places dans le dortoir… mais, vous ne serez pas seule… »

Il cligna discrètement de l’œil en montrant la salle d’un coup de tête.
« Je ne sais pas si la compagnie vous ira… grimaça-t-il, une personne telle que vous… sinon, vous pouvez allez dormir dans l’écurie, mais votre sécurité n’en sera pas plus garantie… »

Isil fit le tour de la salle du regard. Il y avait là quelques marchands, reconnaissables à leur tenue de voyage colorée, des soldats en armes, quatre hommes visiblement aisés aux doigts garnis de bijoux, sans doute des notables, accompagnés d’une femme âgée, un petit groupe de prêtres en longue robe traditionnelle et trois autres hommes, genre soudards qui s’exclamaient sans retenue non loin de là.
« Je dormirai dans le dortoir, décida-t-elle… ces messieurs ne m’impressionnent pas !
- Comme vous voulez, jeune fille. Je vous apporte de quoi vous restaurer et vous remettre de votre voyage ! »

Quand il eut le dos tourné, un des trois hommes se leva et vint s’asseoir à sa table, deux coupes dans une main et un pichet dans l’autre, sans plus solliciter sa permission.
« Bienvenue dans cette contrée demoiselle, permettez-moi de boire avec vous ! déclara-t-il en lui versant du vin. C’est le meilleur de cette auberge, la réserve personnelle de notre hôte ! »

C’était un gaillard aux longs cheveux flamboyants et à l’épaisse moustache rousse. Son visage marqué de nombreuses cicatrices était rude et guère avenant. Il leva sa coupe en adressant un clin d’œil à ses compères et la vida, tandis que Isil acceptait de boire une gorgée. Elle ne voulait pas d’histoire et attendait sagement la suite en espérant que l’homme n’irait pas trop loin dans son attitude désinvolte et passablement grossière.
« Alors, reprit-il ? Où allez-vous donc par un temps aussi affreux ?
- A Tarente, bien que cela ne vous regarde aucunement. »

Il prit un air outragé.
« Oh, mademoiselle est bien réservée… moi je ne veux que parler et boire avec vous… j’ai le sens de l’accueil très développé et vous êtes sur notre territoire… alors je vous accueille. »

Isil décida de ne pas envenimer la situation et sourit en levant à son tour sa coupe que l’homme s’empressa de remplir de nouveau.
« Vous avez là une fort jolie épée ! Et votre arc est remarquablement bien tourné… il est vrai que quand on voyage seule et qu’on est une femme, il vaut mieux avoir de quoi se défendre… A condition toutefois de savoir s’en servir ! ajouta-t-il en riant grassement. »

Elle le regarda au fond des yeux.
« Ceux qui ont goûté à mes flèches n’ont jamais pu se plaindre de mon adresse… en fait, ils ne se sont plus jamais plaints ! »

Une lueur féroce brilla l’espace d’un instant dans les yeux de l’inconnu qui reprit aussitôt après un air affable.
« Une fière guerrière alors ? Qu’est-ce qui vous amène à Tarente ? Vous cherchez du travail ? Une personne peut-être ? Ou êtes-vous en mission pour le compte de quelqu’un ? Je connais beaucoup de monde à Tarente et si je puis vous être d’une quelconque utilité… »

Isil ne répondit pas et, tout en soutenant son regard, but une autre gorgée de vin. L’homme encouragé, vida sa coupe qu’il remplit immédiatement après.
« Pas bavarde la jolie guerrière ? Entre nous, on fait peut-être le même travail… »

La jeune fille pencha la tête de côté d’un air interrogateur.
« C'est-à-dire ?
- Travailler pour celui qui paye le plus… mercenaire quoi… Nous, c’est notre cas depuis qu’on a quitté l’armée de Ragnard ! N’est-ce pas vous autres ? »

Il leva la coupe à l’adresse de ses deux compagnons qui acquiescèrent bruyamment. Les yeux d’Isil se mirent à briller.
« J’ai déjà entendu prononcer ce nom… dit-elle prudemment, mais je ne me rappelle plus où ? »

L’homme se mit à rire.
« Partout dans le pays ! Ragnard a été le chef Vanir le plus craint, il n’y a pas si longtemps que cela… »

Puis il marmonna.
« Jusqu’à ce que ce Conan s’en mêle !
- Ah oui, je me souviens, des histoires qu’on me racontait…
- Des histoires ? Ah par Crom, ma jolie, point d’histoires que tout cela mais réalité vraie, oui !
- Je suis impressionnée, dit-elle d’un air faussement timide… ce… Ragnard doit être une véritable légende… il est toujours vivant ?
- Par tous les dieux, un peu qu’il est vivant !
- On peut le rencontrer ? »

L’homme toisa Isil et partit d’un éclat de rire.
« Voilà bien l’affaire ! Toutes pareilles les femelles ! Dès qu’on parle d’une brute, elles veulent savoir à quoi ça ressemble ! Rencontrer Ragnard ? Bah ! »

Il éructa puissamment et Isil retint une grimace de dégoût à cause des effluves de son haleine pareille à des égouts les plus empuantis.
« Difficile… oui… il va et vient entre ce pays et la frontière picte sur ordres du roi auquel il s’est vendu… Le seul endroit qu’il fréquente régulièrement quand il vient à Tortage c’est le bordel de « La Panthère Noire » où il a ses habitudes… »

Le soudard vida une nouvelle fois sa coupe et s’essuya la bouche d’un revers du bras.
« Mais je suis sûr que tu lui aurais beaucoup plu ! Il apprécie tout particulièrement les belles blondes bien jeunes et bien foutues ! »

L’aubergiste sauva la situation en apportant le repas. Il regarda l’homme d’un air méchant.
« Ce monsieur vous ennuie mademoiselle ? Faut le dire… je n’aime pas qu’on importune mes clients ! »

Isil regarda l’inconnu et répondit sans le quitter des yeux.
« Non, tout va bien, merci… ce monsieur me souhaitait la bienvenue… et d’ailleurs, il allait rejoindre ses amis à leur table… »

Le mercenaire se leva. Il faisait une bonne tête de moins que l’aubergiste et ne chercha pas à discuter. Il alla donc se rasseoir auprès de ses amis qui le reçurent avec quelques moqueries. Isil adressa un regard reconnaissant à son hôte en lui souriant.
« Merci.
- Je vous en prie… une cliente chez moi, c’est sacré ! tonna-t-il pour bien se faire entendre de tout le monde. »

Puis, sur un ton plus confidentiel.
« Dites, si cette nuit vous avez des ennuis avec ces zigotos, adressez-vous à ces soldats là-bas au fond… Ce sont des officiers du roi Conan et je connais bien l’un d’eux. Ils sont de confiance et vous viendront en aide si besoin… je vais d’ailleurs leur en toucher deux mots ! »

Le repas fut bienvenu car avec son estomac dans les talons plus le manque de sommeil, le vin commençait à lui tourner la tête. Elle fut servie comme une princesse et fut l’objet de toutes les attentions du patron.

Lorsque la soirée fut bien avancée, elle se rendit à l’écurie pour vérifier si Ombre était bien installée puis se décida à regagner le vaste dortoir commun où quelques marchands se préparaient déjà à se coucher. Dans la pénombre, elle distingua les trois mercenaires qui chuchotaient peu discrètement et qui la suivaient du regard. Elle choisit un lit vide un peu à l’écart, posa son arc et son carquois à côté, et ôta ses bottes. Puis elle sortit ostensiblement son épée du fourreau en regardant les soudards qui n’en perdaient pas une miette. L’épée brilla dans la faible clarté qui parvenait de la fenêtre toute proche. Elle la posa sous la couverture puis sortit de son étui la dague d’Alamir, en prenant bien soin d’être vue par tous ceux que cela intéressait, pour la glisser sous l’oreiller. Enfin, elle ôta sa tunique et se glissa promptement dans l’épaisse couverture avant que les hommes aient eût le temps de faire un commentaire.

Elle entendit juste l’un deux murmurer un « laisse tomber » évocateur, puis les soldats entrèrent à leur tour dans le dortoir pour se coucher. Une demi-heure plus tard, le silence était tombé sur l’auberge, seulement troublé par de forts ronflements réguliers.

Le lendemain, Isil arrivait à Rosso.
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