Une guilde RP Age of Conan - Serveur Stygia
 
AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerGroupesConnexion

Partagez | 
 

 [BG] Sylwenn, histoires au coin du feu

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Sylwenn

avatar

Nombre de messages : 668
Age : 31
Date d'inscription : 23/03/2009

Feuille de personnage
Race: Cimmérien
Classe: Shaman ours
Profession: Faiseur d’armes

MessageSujet: [BG] Sylwenn, histoires au coin du feu   Lun 20 Avr 2009 - 23:20

Introduction


[HRP]

Au crépuscule près d'un feu crépitant, dans une bibliothèque poussiéreuse ou lors d'un long voyage à cheval, certains moments sont plus propices que d'autres aux récits passés. C'est lors d'un de ces moments que Sylwenn parle de sa vie passée, et il commence ici même.

[/HRP]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Sylwenn

avatar

Nombre de messages : 668
Age : 31
Date d'inscription : 23/03/2009

Feuille de personnage
Race: Cimmérien
Classe: Shaman ours
Profession: Faiseur d’armes

MessageSujet: Re: [BG] Sylwenn, histoires au coin du feu   Lun 20 Avr 2009 - 23:20

Fin d'une vie



Ces vaillants guerriers, qui se moquent de leurs blessures sanguinolentes après un violent combat, sont-ils à envier ? Il est une chose, de cacher sa faiblesse pour paraître un roc, aux yeux des autres ou de Crom, mais il en est une autre, de rire lorsque nous perdons toute attache, tout repère. Avant de vous rejoindre, j'étais une solitaire qui recherchait contre toute raison mon père, ou plutôt celui que je considérais comme tel, comme le dernier élan d'une vie en lambeaux qui ne tient plus qu'au fil illusoire entretenu par le fond de l'âme : l'espoir. C'est le récit d'une fin de vie, mais aussi celui de ma première rencontre avec les Loups du Vanaheim, et je vais vous raconter comment Isil et Hashemat m'accueillirent le premier jour.

Je n'aime pas parler de mon passé, j'essaye en réalité de me le cacher. Tout ce que vous avez besoin de savoir est que je cherchais Fridgh le maître chaman qui me forma dans mon enfance, celui qui m'apprit les secrets des esprits, mais aussi tout ce qu'un père apprend à son enfant. Je me suis fait enlever un jour et... j'en parlerais une autre fois... Ma perte le détruisit, car j'étais pour lui ce fil qui donnait un sens à son existence, qui le maintenait dans la raison. Un jour, il quitta le clan pour rejoindre Siobhan et ses guerriers. Pourquoi ? Il n'avait plus de but et la meute lui en offrit un. Les jours devinrent des mois, et les mois des années. Des coeurs qui n'auraient pas dûs être oubliés s'éteignirent.

C'était en 1294, que je fus hum... en mesure de débuter mes recherches. Chez moi, si j'ose dire, au clan Cruil, on me parla de Fridgh et des Loups du Vanaheim. Et suite à plusieurs saisons de quête, mon voyage me mena dans les contrées baignées de soleil du Poitain, après être passée par le désert et les marais de la lointaine Stygie. Un vieil homme, qui semblait connaître la région comme sa poche, me glissa dans l'oreille le mot « Caenna ». C'était un village proche de champs dorés balayés par un vent délicieux, le genre de lieu où on peut caresser l'herbe de l'aube au crépuscule sans que la première sensation ne s'envole. Ce n'était pas le premier que je visitais dans l'espoir d'une indication concernant les Loups. Et c'est sur la place centrale que deux femmes attirèrent mon attention. Une grande femme, stygienne à n'en pas douter, et une autre aux cheveux clairs et blonds. Assurément, elles n'avaient rien de simples villageoises, même si elles semblaient appartenir au lieu malgré leur évidente différence.

Je fus directe. Je cherchais les Loups du Vanaheim et j'en avais assez de devoir toujours prendre certaines précautions. Aucune des deux ne me répondit directement, mais elles piquèrent la curiosité qui sommeillait. Connaissaient-elles la forteresse des Loups ? La conversation changea brusquement, lorsque je mentionnai le nom de Fridgh. Hashemat, qui se présenta plus tard, avait entendu ce nom et savait ce qu'il était advenu de lui. Nous quittâmes le marché bruyant pour rejoindre un lieu plus calme, dans une prairie non loin d'un ruisseau chantant. Alors que je bouillonnai d'impatience, soudain la réalité une nouvelle fois me gifla comme on gifle un enfant qui toujours recommence les mêmes bêtises. Des amis de la stygienne avaient connu Fridgh, et il était mort, tout comme eux. Pourquoi me dire cela ? Comment le savait-elle ? Où était-il tombé ? Je n'y croyais pas. Pas encore.
Isil, la belle jeune femme aux cheveux clairs, répondit à bien des questions en commettant une erreur que je relevai. Elles étaient de la meute des Loups du Vanaheim. Mon coeur était emballé comme jamais, allais-je enfin élucider les mystères qui embrumaient mon existence depuis des années ? Elles m'offrirent l'hospitalité et m'accueillirent dans l'enceinte de leur forteresse dans les collines du Poitain, où j'allais pouvoir tarir ma soif de connaissance en discutant avec d'autres Loups. La nuit tomba et je décidai de dormir sous un arbre, mais le sommeil ne vint pas...

Alors ? N'est-ce pas ironique ?
Je ris de ma perte, car Fridgh s'engagea chez les Loups du Vanaheim lorsqu'il me perdit et moi, je fais de même dix ans plus tard.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Sylwenn

avatar

Nombre de messages : 668
Age : 31
Date d'inscription : 23/03/2009

Feuille de personnage
Race: Cimmérien
Classe: Shaman ours
Profession: Faiseur d’armes

MessageSujet: Re: [BG] Sylwenn, histoires au coin du feu   Sam 9 Mai 2009 - 17:40

Du Vanaheim à la Cimmérie


I


Avant de vous parler de qui je suis, je dois vous raconter d'où je viens. Je n'ai ni peur ni honte à le dire, je viens d'une terre glacée redoutée où des dangers innommables guettent les imprudents et les faibles. Je suis cimmérienne, mais je suis née au Vanaheim. Et c'est par un soir d'automne que mon histoire a commencé.

Ce soir-là un blizzard violent soufflait et aveuglait, emportant des flocons épais dans son tumulte. Un sombre manteau nuageux cachait les astres nocturnes et plongeait les monts eiglophiens dans de profondes ténèbres. Inutile de dire que sortir de son abri était pure folie, car ni homme ni bête ne survivrait à cette nuit glacée. Pourtant, dans les entrailles blanches, une silhouette imposante progressait sans mal face à la rudesse déchaînée. Le masque qui brouillait ses sens ne gênait pas sa marche déterminée. Il jetait fréquemment un regard inquiet par-dessus son épaule, comme si il craignait davantage d'être suivi dans la tempête que de s'y perdre. Il avançait en touchant les arbres morts et les rochers comme un voyageur lit des écriteaux pour se guider dans des contrées inconnues.

Soudain des bruits sourds et espacés lui parvinrent, manifestement quelque chose se rapprochait. Il s’arrêta net quand il vit face à lui une ombre énorme émerger du blizzard, à quelques pas à peine. C’était un yéti, et un yéti peu prudent pour quitter ainsi sa caverne. La bête hurla en voyant l’homme près de lui, mais celui-ci dégaina une hachette accrochée à sa ceinture et lui lança de toutes ses forces dans une de ses jambes difformes. Pris de panique, ou souhaitant attirer l’attention de son adversaire… ou bien était-ce un acte prémédité ? Quoi qu’il en soit, lorsque le yéti voulut poursuivre le vanir, ce dernier lâcha son sac de fourrure avant de s’enfuir par là d’où il était venu.


II


Le ciel était dégagé et le soleil lointain posait sagement son regard sur la neige étincelante. Partout les monts eiglophiens brillaient comme des joyaux à la lueur de l'aube, car dans la nuit la tempête avait recouvert les cimes, les cols et les vallées. C'était l’annonce de l'hiver et le début de la trêve annuelle, toutes les pistes entre le Vanaheim et la Cimmérie étant à présent bloquées. Mais la soif de sang des peuples du nord est intarissable, et lorsque les rayons printaniers brisent la glace, le temps des haches et des épées reprend de plus belle.

Malgré l'abondante chute de neige de la veille, cinq cimmériens acharnés cherchaient tout de même à accéder aux hauteurs depuis le sud. L'un d'eux inspectait soigneusement la piste creusée qui serpentait jusqu'à l'unique col qui menait au coeur des montagnes. Chacun de ses pas semblait calculé, et il sondait le sol avec un bâton. La neige fraichement tombée incitait à la prudence, car toute erreur pouvait provoquer une chute fatale ou une avalanche.
Mais ils n'étaient pas de simples voyageurs entêtés, c’étaient des montagnards expérimentés qui connaissaient chaque recoin de leur terre. Ils portaient fourrures d'ours et de loups et étaient armés d'arcs décorés de splendide ouvrage. Des guerriers d'élite, des hommes habitués à chasser l'envahisseur vanir et protéger quoi qu'il en coûte la vallée d’Anarc de ces rouquins impitoyables. Les dizaines d'encoches taillées au couteau sur leurs magnifiques arcs témoignaient du nombre d'ennemis abattus par leurs terribles flèches. Au bout de quelques heures d’effort, le groupe arriva à l’entrée du col, qui comme prévu était presque bouché. Dans leur dos, on pouvait apercevoir la blanche vallée d’Anarc, fief du farouche clan Cruil, en partie masquée par quelques brillants pics rocheux. Et devant eux, le col de Finn, théâtre de nombreuses escarmouches sanglantes, qui menait vers d’immenses sommets et bien plus loin, pour les plus courageux ou les plus fous, vers le Vanaheim.

« Regarde, Gravn. » dit l’un des hommes à son chef en pointant le col du doigt.
« Oui, nous allons pouvoir rentrer chez nous demain. Le col sera inaccessible à la prochaine chute de neige.
- Nous pourrions rentrer tout de suite, dit un autre guerrier, plus jeune que les autres. »
Gravn se tourna vers lui, furieux, et s’emporta :
« Vadun tu mériterais de rester seul ici ! Tu tiens à ce que des vanirs pénètrent dans nos terres pendant que nous festoyons avec nos familles ? Le col peut encore être passé, et nous allons le prouver tout de suite. Et si toutes les passes qui se trouvent derrière sont bloquées, même les plus reculées, alors seulement nous pourrons nous réjouir. » La remarque de Vadun avait profondément énervé Gravn, car c’était son propre fils qui semblait ne pas retenir les leçons. Il se serait bien passé d’une telle honte devant ses hommes.

Le devoir reprit alors le dessus sur la colère, et les fiers compagnons passèrent le reste de la journée à s’engouffrer dans les différentes gorges et passes qui étaient autant de possibilités pour l’envahisseur sournois de se livrer à des pillages malsains. Ils ne rencontrèrent qu’un silence rassurant : toute la faune était entrée en hibernation et après le déluge de la veille, plus une piste vers le Vanaheim n’était praticable. Une satisfaction grandissante s’emparait des éclaireurs cimmériens, à mesure qu’ils progressaient dans leur tâche. Alors que la journée allait toucher à sa fin, ils arrivèrent devant une gorge qu’ils savaient dangereuse. Pourtant ils y descendirent. Il ne fallait laisser aucune brèche, car l’histoire de leur clan était la même que celle de nombreux clans cimmériens en bordure des monts eiglophiens et la ruse de leurs éternels adversaires leur avait bien trop coûté par le passé. La gorge était peu profonde mais très large, marquée par quelques renfoncements sombres dans la roche. La couverture neigeuse était épaisse et cachait de vicieuses crevasses qui étaient des pièges fatals pour qui n’était pas averti. Les hommes avancèrent doucement, scrutant autour d’eux les nombreuses grottes que comportait la gorge.

« Derrière le rocher, vite ! » chuchota l'un d'eux. Tous se cachèrent sans attendre, l'arc à la main.
« Il avait quelque chose dans ses bras, un sac de fourrure. Et il est blessé. » remarqua l'un des hommes. Gravn passa la tête par-dessus le rocher et confirma d'un signe de tête.
« Il est seul et pas très gros. Tuons-le. Allez ! » dit-t-il en préparant une flèche.
Le chef des cimmériens s'avança avec assurance en cherchant à attirer l'attention du monstre, tandis que ses compagnons se répartissaient tout autour. Le yéti n'eut aucune chance. Gravn, le meneur, qui se tenait face à la bête, décocha une flèche en sa direction, à laquelle elle répondit par un hurlement rauque et colérique, bien que le projectile la manqua. Le yéti laissa tomber le sac et courut à grandes enjambées maladroites vers son agresseur. Mais il n'eut ni le temps de l'atteindre, ni le temps de fuir. La première volée suffit à le déstabiliser et il s'écroula en braillant ses derniers râles d'agonie dans la neige rougie.

« Un de moins à tuer cet hiver. Hurd, va fouiller sa caverne et on s'en va. » Gravn était joyeux. Et avoir vaincu le yéti n'y était pour rien : Au loin, une avalanche avait comblé la gorge comme il s’y attendait, il allait pouvoir revoir sa femme et ses enfants qui…

« Par Ymir ! » jura Hurd, le sac de fourrure entre les mains.
« - Hurd ? S'inquiéta Gravn soudainement revenu de ses rêves.
- C'est un gamin ! Par Crom il est en vie.»
L'enfant terriblement affaibli qu'il tenait dans ses bras remuait lentement. Il ouvrait la bouche difficilement comme si il allait crier, mais aucun son ne sortait. Remarquant que le froid avait bleuté sa peau nue, Hurd le renveloppa dans l'épaisse fourrure qui l'avait maintenu en vie jusque là.
« Tu as raison par Ymir ! Le yéti a dû le garder avec lui.
- La garder. C'est une fillette et elle n'a pas plus d’u an. » corrigea Hurd.
Les autres guerriers, curieux de connaître l'objet qui fascinait leurs deux compagnons, s'approchèrent.
« Nous avons trouvé des traces de sang là-bas dit l'un d'eux en pointant du doigt un rocher plus loin vers les hauteurs. Crom ! C'est un gosse ! Comment se fait-il qu'il soit en vie ?
- Les dieux ont entendu ses pleurs, lui répondit Gravn. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Sylwenn

avatar

Nombre de messages : 668
Age : 31
Date d'inscription : 23/03/2009

Feuille de personnage
Race: Cimmérien
Classe: Shaman ours
Profession: Faiseur d’armes

MessageSujet: Re: [BG] Sylwenn, histoires au coin du feu   Ven 5 Juin 2009 - 13:52

III


"Je vais revenir, Bran. Je suis chaman. Ils m'écouteront."
Allongé sur une couche en peau de loup, Bran était terriblement affaibli. Il regardait son frère qui se tenait debout à côté de lui, et serra les dents pour contenir une nouvelle vague de douleur. Une sueur chaude ruisselait sur son front, et ses muscles étaient tendus à l'extrême.
"Fridgh" dit-il, "N'y va pas. Donne moi une arme. Je n'en peux plus."
Son frère se retourna et lui donna une gourde pleine d'eau.
"Non. Je vais trouver un remède. Reste là. Devy est à côté elle s'occupera de toi."

Fridgh attrapa un long bâton de chêne qui reposait devant la porte, attacha une sacoche de cuir à sa ceinture et franchit la petite porte en peau qui servait à empêcher le froid de rentrer dans la petite hutte ronde. Il portait un large pourpoint en cuir et en fourrure marqué de dessins tribaux en guède, qui descendaient sur ses braies usées jusqu'à ses épaisses bottes. Un manteau de fourrure déchiré couvrait ses bras, ses épaules et son dos, car c'était l'hiver et même les plus robustes des cimmériens redoutaient la beauté sournoise de la neige et de la glace. Fridgh était un homme âgé, assez petit et moins costaud que ses congénères, mais le même sang coulait dans ses veines et jamais la crainte de la souffrance ne le ferait reculer.
Il partit l'après-midi, franchit les hautes collines de l'ouest de la vallée d'Anarc et continua plusieurs jours durant jusqu'à arriver à sa destination. Sous le regard des étoiles, de Ben Morgh - et de Crom -, se dressaient des dizaines de tertres enneigés jusqu'à perte de vue. C'était le champ des morts, là où les clans cimmériens enterraient les leurs dans des tombes de pierre. Le silence était total, mis à part quelques cours d'eaux lointains en partie gelés qui dévalaient les pentes des montagnes. De temps en temps, des échos de hurlements de loups retentissaient dans la nuit paisible. Fridgh n'eut aucun mal à trouver le tertre du clan Cruil, tant il s'y était rendu de nombreuses fois.

Au sommet, un immense rocher d'où descendaient des stalactites brillants reposait sur deux autres verticaux, laissant ainsi un espace couvert en-dessous. Fridgh y plaça quelques morceaux de bois et brindilles soigneusement ramassés sur son chemin et alluma un feu de fortune en s'aidant de deux pierres de silex noircies et usées. Estimant que le moment était venu, il sortit de sa sacoche une poignée de graînes et de feuilles coupées puis les jeta dans le feu. Les flammes jaunes s'élevèrent brutalement, puis rougirent de plus en plus intensément. Cela ne troubla pas le chaman, qui s'assit sur la terre froide et dure, le dos contre un rocher.

Soudain, dans un silence étrange, des silhouettes blanches apparurent brièvement autour de l'édifice, puis s'envolèrent dans un souffle glacé. Fridgh n'eut pas le temps de les distinguer, mais savait ce qu'elles étaient : Des esprits, des âmes mortes et errantes, qui depuis toujours hantaient le champ des Morts. Certains récits parlaient de spectres dangereux ayant une forme physique, des cadavres qui s'étaient soudainement relevés pour des raisons obscures. Mais les esprits qu'avaient invoqués Fridgh étaient les ancêtres des cimmériens, ni présents ni absents, des âmes qui voyageaient entre les plans comme les rêves qui glissent dans nos songes avant de disparaître.
Les flammes grandirent encore, touchant presque le dessous du dolmen de leurs mains impalpables. Une forme se dessina alors au coeur du feu, animée par une multitude de flammes vivaces d'une blancheur surprenante.

"Fridgh. dit une voix forte qui résonnait sur les rocs.
- Anir, lui répondit-il en baissant la tête en signe de salut.
- Qui va nous rejoindre ce soir ?
- Personne, Anir. Je ne suis pas là pour une cérémonie mortuaire. J'ai besoin de tes conseils.
- Cela fait bien longtemps que tu ne m'as rien demandé, Fridgh. Que veux-tu ?
- Mon frère Bran va mourir d'une maladie dont je ne sais rien. De ton vivant tu connaissais les plantes mieux que quiconque et tu m'as tout appris. Dis moi comment le soigner.
- Je l'ai vu, Fridgh. Je le sens déjà près de nous, il s'approche.
- Tu veux dire qu'il est déjà mort ?
- Non. Mais il est en chemin. Tu ne peux rien y faire, c'est inexorable.
- ANIR ! Ne dis pas ça ! s'emporta Fridgh.
- Cela dépasse ta compréhension. Sers ton chef comme je l'ai fait avant toi. Honore les défunts. Défend les tiens...
- Par Crom tu dois bien connaître un remède Anir !
- Fridgh. Tu étais mon fidèle apprenti. N'oublie pas mes leçons.
- Alors ce que je dois faire !
- Ce que tu dois faire ? Regarde !

A nouveau les flammes changèrent de forme et Anir disparut. Il n'était qu'une être vaguement distinguable dans le feu, mais cette fois-ci les images étaient nettes. Tout d'abord Fridgh vit du sang, le sang de cimmériens dont il reconnaissait les visages car il les avait tous enterrés sous ses pieds. Ils gisaient sur le sol, tandis que des vanirs les achevaient en crachant sur leurs cadavres.
Ensuite, il vit ce qui semblait être le présent, car il put voir la vallée d'Anarc, blanche comme il l'avait laissée, son village, ses bosquets et loin derrière les crêtes des monts eiglophiens. La dernière image qui apparut était dans un décor montagnard où un vent ballotait des flocons légers, quatre hommes entouraient un cinquième qui tenait dans ses bras une enfant.

La dernière image s'envola dans un embrasement soudain qui illumina les parois rocheuses et éblouit Fridgh. Lorsqu'il rouvrit les yeux, Anir était à nouveau là, enveloppé par une les flammes dansantes.

"Le clan va commettre une erreur qui lui coutera cher. Fais ton devoir et sois loyal. Tu es mon successeur et tu dois être digne de ta lignée. Oublie les élans de faiblesse qui t'ont conduit ici et sers les tiens".

Anir disparut et le feu s'éteignit alors brusquement. D'un geste colérique, Fridgh jura et frappa d'un coup de pied dans les restes fumants du foyer, puis partit sans attendre plus longtemps. La route était longue et tout le long il rumina les paroles d'Anir. "N'oublie pas mes leçons", lui avait-il dit. Bran devait mourir, mais Fridgh ne pouvait laisser s'échapper sa dernière famille sans lutter. Lorsqu'il arriva au village de bon matin, il croisa des enfants qui couraient et riaient et des femmes aux sourires radieux. Il tourna la tête pour voir où ils allaient et vit un petit groupe de guerriers chargés qui descendaient le chemin jusqu'au village du clan. Cela ne troubla pas ses pensées sombres et il rentra dans sa hutte, qui se situait à l'écart.
Il y trouva Bran, étendu sur le sol dans une mare de sang, la main sur un poignard planté dans la gorge.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Sylwenn

avatar

Nombre de messages : 668
Age : 31
Date d'inscription : 23/03/2009

Feuille de personnage
Race: Cimmérien
Classe: Shaman ours
Profession: Faiseur d’armes

MessageSujet: Re: [BG] Sylwenn, histoires au coin du feu   Sam 13 Juin 2009 - 17:24

IV



Assis au bord un promontoire rocheux, Hurd serrait son manteau en fourrure quand une violente bourrasque glacée le fit trembler de froid. Le vent et le ciel chargé annonçaient l'imminence d'une nouvelle tempête de neige et il était bientôt temps pour lui de rentrer chez les siens, là-bas, où quelques colonnes de fumée s'élevaient. Il aurait dû s'en réjouir, car il avait une femme et deux jeunes fils qui attendaient impatiemment son retour et il ne les avaient pas vus depuis de trop nombreuses semaines. Mais il n'était pas serein et regardait devant lui d'un air taciturne et impassible.

"Hurd ! Nous avons besoin de toi!" cria une voix lointaine, en partie masquée par le vent qui sifflait. Hurd tourna la tête et vit Gravn qui s'approchait de lui à grandes enjambées.

"Nous allons démonter le campement. Haram et Brom sont déjà au travail.
- Je vais venir, Gravn, répondit Hurd d'un ton las.
- Je sais ce que tu penses..."
Hurd s'emporta et frappa du poing sur le sol
"- Je suis un guerrier bon sang ! Ma hache ruisselle du sang des vanirs et mes flèches ne ratent jamais leur poitrine de chien !
Il soupira, puis se leva pour faire face à son chef. Il sera les poings, essayant de contenir sa colère.
"Tout ça parce que tu es incapable d'être d'accord avec ton propre fils ! explosa-t-il.
- De quoi tu parles ? C'est un imbécile !
- Quel père es-tu pour parler ainsi de ton propre fils ? Vadun a raison. Personne te laissera donner cette enfant aux loups.
Gravn balaya l'insulte d'un geste de la main.
- Le chef Ulf la fera tuer devant tout le monde. C'est mieux tu penses ?
- Par Crom tant que je vivrais il n'en fera rien !
- Depuis quand éprouves-tu de la pitié pour ceux qui ont massacré tant des nôtres ?
- Tu me traites de femme ?

Les deux solides hommes se mesurèrent un long moment dans un silence tendu, jusqu'à ce que l'un d'eux se décide à lâcher le morceau. Ce fut Gravn, manifestement excédé d'être si peu respecté par ses hommes. Hurd le suivit, et sans un mot, aida ses compagnons à défaire les cordes qui maintenaient les minces piliers de leurs tentes de fortune.

Ils prirent alors la route, le dos chargé de longs bâtons de bois et de peaux tannées repliées. La marche était d'autant plus rude qu'alourdis, ils devaient sans cesse progresser à travers la neige épaisse et piégeuse. Vadun, qui restait en retrait, tenait dans ses bras la petite enfant vanir qui semblait si faible. Elle souffrait sans doute, de la faim et du froid, mais n'avait plus la force de pleurer depuis déjà longtemps. Seul restait un léger souffle de vie, un cadeau des dieux, une chance de quitter les ténèbres acharnées. Beaucoup de cimmériens n'auraient pas hésité à laisser la fille de leurs ennemis héréditaires dans l'hiver cruel, car la pitié est faiblesse et source de désastres. Je me demande, aujourd'hui, comment j'aurais réagi...

Quand les guerriers arrivèrent près du village du clan Cruil le jour suivant, la fatigue sombra sous les cris de joie des enfants et les regards comblés des mères. Les guerriers redevinrent alors des pères, des frères et des maris. Alertés par le brouhaha déclenché par leur retour, de nombreux habitants se mêlèrent à ce qui était maintenant une petite foule, pour saluer et féliciter leurs combattants. Bon nombre de barbares cimmériens préféraient continuer la guerre, encore et toujours, car c'est leur caractère, mais bien d'autres attendaient la période de calme de l'hiver depuis longtemps. Ulf, le chef, n'en faisait pas partie. Il fit dresser une table dans sa haute cabane le soir même afin de réunir tous les guerriers du clan, et non pour fêter cette trêve obligée. Elle était située au coeur du village et dominait le reste des huttes par sa grande salle dont la hauteur permettait d'exposer sur les murs intérieurs de nombreux trophées : Défenses de mammouth, têtes de vanirs et d'ymiriens tranchées et de superbes haches décorées dont les lames étaient encore rougies. Au fond de la salle, Ulf s'était lui-même fait un trône en bois et en os, orné de deux crânes sur les accoudoirs. Il n'était pas sanguinaire, mais c'était un homme pragmatique et sans détours, qui répondait aux provocations et au manque de respect par le fer. Il était assez âgé, sa barbe et ses longs cheveux étaient grisonnants et il ne pouvait déjà plus aller lui-même affronter ses ennemis. Pourtant il en rêvait.

Le festin fut royal, car Ulf aimait son clan. Il fit rôtir plusieurs sangliers et sortit six tonneaux de bière qu'il avait fait venir du sud exceptionnellement pour l'occasion. Il n'en fallait pas plus pour satisfaire l'appétit et la soif de la cinquantaine de joyeux cimmériens réunis autour de la longue table du chef.

Fridgh, assis sur un rocher à l'extérieur de sa hutte, entendait les échos des rires provenant du village en bas. Il était là depuis plusieurs heures, en proie à la colère de l'impuissance et la tristesse de la perte de son frère. Une vieille femme qui arrivait par le chemin étroit grimpant jusqu'à la demeure du chaman, vint à sa rencontre.
"Ulf a organisé un festin pour son clan, Fridgh, tu devrais y aller, plutôt que de rester là à soupirer et ressasser.
- Je sais Devy. Ulf sera mécontent, il est toujours mécontent, que je sois là ou pas.
- C'était mon mari. Et mes filles pleurent la mort de leur père. Nous savions depuis longtemps qu'il allait rejoindre ses ancêtres, il était vieux et malade. Crom l'accueillera parmi les siens.
- Tu parles comme je le devrais, Devy. Tu es sage.
Fridgh secoua la tête, comme pour ôter la mélancolie qui s'était emparé de sa faiblesse, et il reprit : Alors comme ça le col est bouché ?
- Oui Gravn est revenu avec ses hommes, répondit-elle en souriant. Et sa femme m'a dit que Vadun avait ramené une petite fille vanir, mais il l'a cachée de peur qu'Ulf la fasse tuer."
Fridgh leva la tête, intrigué.
"- Tu en es sûre ?
- Je l'ai vue. Elle a un an, pas plus. Pauvre enfant, c'est une vanir et cela m'étonne que Gravn ne l'ai pas tuée. Et je me demande où ils l'ont trouvée, d'ailleurs.
- Les esprits ne cessent de me jouer des tours. Je me suis rendu au champ des morts, et ils m'avaient annoncé son arrivée.

- C'est tout ?
- Ils veulent que je rétablisse l'équilibre, comme toujours, répondit Fridgh d'un ton désespéré.
- C'est une enfant, tu ne vas tout de même pas la tuer ?"

Fridgh partit sans répondre, son bâton de chêne à la main, vers la salle lumineuse où les sourires joyeux, bientôt, s'éteindraient.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Sylwenn

avatar

Nombre de messages : 668
Age : 31
Date d'inscription : 23/03/2009

Feuille de personnage
Race: Cimmérien
Classe: Shaman ours
Profession: Faiseur d’armes

MessageSujet: Re: [BG] Sylwenn, histoires au coin du feu   Dim 16 Aoû 2009 - 17:28

V




En bas, on pouvait entendre les chopes qui s'entrechoquaient dans le vacarme des rires et des voix viriles. Le repas chaleureux tournait en une beuverie où les chants d'ivrognes côtoyaient les plaisanteries graveleuses des cimmériens rassasiés. La longue table était jonchée d'os trempés de la bière et de l'hydromel renversés par les gestes brusques des guerriers du clan dont quelques uns déjà s'endormaient la tête posée sur le bois humide. Fridgh s'apprêtait à pousser la porte décorée de la grande salle, mais il se raidit. A l'intérieur la clameur s'était soudainement tue et un silence lourd s'était installé.

"Dis moi que ce sont des balivernes Gravn" Ulf serrait les dents comme pour contenir la rage montante qui le gagnait. Gravn n'osait répondre, tandis que tous les regards se tournaient vers lui.
"Alors comme ça tu as amené un vanir dans mon village ? Ulf entrait dans une colère noire.
- C'est une enfant d'à peine un an Ulf. Nous l'avons trouvée dans la neige et..
- Tais-toi Gravn. C'est moi qui l'ai trouvée, un yéti l'avait recueillie et après l'avoir occis, et bien c'est moi qui l'ai ramenée l'interrompit Hurd alors que Vadun baissait le regard.
- Vous avez complètement perdu l'esprit ? Un vanir qu'il soit enfant ou grisonnant est une plaie qui ne mérite aucune pitié. Où est-il ? Dites-le moi vite ou je vous envoie rejoindre vos ancêtres, sales chiens de traîtres !
- C'est toi qui est devenu fou Ulf ! Nous sommes tous des guerriers et personne ici n'osera dire le contraire. Tu veux tuer un gosse parce qu'il a les cheveux roux ?
C'était Gravn qui s'était levé. Ses compagnons l'observaient d'un regard incrédule, lui qui quelques heures plus tôt voulait laisser l'enfant dans les montagnes glacées.
- Tu me défies, toi mon plus fidèle guerrier ?
- Je te somme de revenir à la raison.
- Personne ne me dit ce que je dois faire, fils de garce. Ulf, qui allait chercher son glaive qui reposait sur son trône, s'interrompit quand un grincement retentit dans la salle. La grande porte s'ouvrit et tous se tournèrent pour voir Fridgh entrer, l'air grave et habillé de ses atours chamaniques. Il leva le bras en signe d'apaisement et secoua la tête.

"Ulf range ton épée, lança-t-il alors, sur un ton autoritaire que nul autre que lui n'aurait pu employer face à son chef sans être décapité.
- Je m'en vais tuer cet imbécile, et après je m'occuperais de ce gosse qui salit mon clan ! dit-il en posant la main sur la table, soûl et incapable de se tenir debout.
- Tu sauveras ton honneur plus tard. Moi je prend l'enfant.
- Es-tu devenu fou, toi aussi, Fridgh ?
- Absolument pas. Les signes sont clairs. L'enfant doit vivre." Devant l'incompréhension d'Ulf et de toute la salle, Fridgh garda le silence. Personne n'osait interférer dans les affaires chamaniques, de peur d'offenser les esprits. Et Ulf savait à quoi s'en tenir. Il fit les cents pas et grommela, avant se s'affaler, épuisé, dans son trône d'os. Tour à tour les guerriers quittèrent la salle avec plus ou moins de difficultés, la laissant sale et retournée, vide de vie.
Le chaman fut le dernier à partir, et il se rendit dans la cabane de la famille de Gravn pour voir la petite. Il était conscient de son acte, son impulsion n'était pas guidée par la compassion ni même la pitié, c'était une provocation et une vengeance , qu'il oublia bien vite lorsqu'il tint le bébé dans ses bras pour la première fois.

Son petit visage rond et ses yeux verts déterrèrent des souvenirs enfouis, ceux qu'on veut oublier mais qui sont là, toujours, et nous affaiblissent. Il en détacha nerveusement un sourire et appela la petite vanir Sylwenn, du nom de sa fille unique qu'il avait perdu il y a si longtemps.

FIN
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Sylwenn

avatar

Nombre de messages : 668
Age : 31
Date d'inscription : 23/03/2009

Feuille de personnage
Race: Cimmérien
Classe: Shaman ours
Profession: Faiseur d’armes

MessageSujet: Re: [BG] Sylwenn, histoires au coin du feu   Lun 29 Mar 2010 - 22:09

L'ire de l'au-delà

I


"Mets tes mains dans la terre. Allez dépêche toi !" Il était sévère et même à cet âge-là il ne me serait pas venu à l'esprit de refuser de suivre ses ordres. J’avais bien assez souffert les premières fois. Fridgh n'était pas un homme mauvais. Il était exigeant et sans doute plus dur parce que j'étais vanir. Il n'aurait pas supporté le regard des hommes du clan si en plus de ça j'étais une incapable.
Alors je posais mes mains sur la terre froide, et de nouveau, je ressentais l'au-delà. Pas une vision, mais une sensation courte et indescriptible, des échos d'esprits qui murmurent dans ma tête un si bref instant que je n'arrivais pas à comprendre ce qu'ils disaient.
"Là ! Arrête !" Fridgh m'agrippa le bras et me releva de force. "Tu les a entendu n'est-ce pas ?"
Je lui répondis encore un peu abasourdie, mais le regard droit "Oui, comme ce matin" Et je jure qu'il a souri à ce moment là.
"Tu te souviens de la leçon sur l'au-delà, Sylwenn ?
- C'est là où sont les morts. L'au-delà est lié à la terre comme moi et les esprits de la forêt."
Il attendit un court instant et son regard se fit soudain plus sévère. Il allait me gifler, et je portais déjà les mains à mon visage, mais la mémoire me revint à temps.
"De là-bas ils voient ici. Mais d'ici on ne peut voir là-bas
- Et maintenant tu retiendras ça : Ton sang est mauvais mais les esprits de ce pays t'ont accepté."

Aujourd'hui c'est terminé. Je ne suis pas fiable, m'a dit un ami. Pour personne. Je n'ai pas à choisir. Je suis née ainsi.

Je n’oublierais jamais ce jour. Là, derrière moi, se tenait Thrond. Je n’osais pas me retourner, car si il avait croisé mon regard embué de larmes, il m’aurait suivi jusqu’au Vanaheim, jusqu’au bout du monde. Qu’est-il advenu de lui ? C’est une autre histoire. Il me laissa pour tout souvenir un anneau attaché à une chainette, qui avait appartenu à sa mère. Tout comme je ne l’ai pas oublié, cette chaine je la porte toujours autour du cou.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: [BG] Sylwenn, histoires au coin du feu   

Revenir en haut Aller en bas
 

[BG] Sylwenn, histoires au coin du feu

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les Loups du Vanaheim :: Sur la piste des Loups (Section publique) :: De Fer et de Fureur :: Des Loups et des Hommes (RP Exclusivement)-